Jacques Palumbo

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Oeuvres / Le Génératif / Signes, aquarelles


JACQUES PALUMB0


GILLES GHEERBRANT


Revue du Musée d’art contemporain de Montréal

5 MAI - 2 JUIN 1974



Il y a quatre ans, la table rase. Palumbo cassait avec sa peinture lyrique, expressive, spontanée et décidait de donner un nouveau départ à son travail. Sa recherche fut alors une recherche pure, gratuite et désintéressée dont on peut cependant suivre maintenant, à posteriori, le cheminement qui passe par le désir de refléter certains aspects des structures mentales environnantes, renoue avec une fascination ancienne de l'artiste pour les signes, les codes et les systèmes de numération et se conjugue avec la volonté de rendre communicable, à un niveau métaphorique peut-étre, la substance du travail artistique, l'idée même de l'art.

Cette période intense de réflexion prospective a amené l'artiste à réfléchir sur des suites de chiffres et, petit à petit, ce travail prenant une vie propre, c'est un véritable inventaire que Palumbo a effectué des effets qu'il pouvait observer en rangeant des nombres dans des « tableaux » dont chaque colonne énumère une séquence dans une certaine base, la colonne suivante étant l'énumération de la même réalité dans la base immédiatement supérieure.

Utilisant, outre les signes numériques, les signes de ponctuation, c'est- à-dire tout le répertoire des 87 signes distincts' que lui ,offrait une machine à écrire, Palumbo a créé un certain nombre de tables sur lesquelles repose son travail actuel et qui sont la clé d'un processus qu'il a successivement appliqué à des signes graphiques fermés (lignes fermées qui donnent des surfaces), à des signes graphiques ouverts (lignes non fermées) et à, des signes colorés (aquarelles).

Il est intéressant dans le travail de Palumbo de voir un artiste qui crée son propre système, ensemble des lois d'organisation et de règles du jeu artificielles, auquel renvoient tous ses dessins qui sont en quelque sorte des manifestations d'existence d'un dessein plus large qui les gouverne tous et que chacun vient remettre en question, interroger. L'artiste rétroagit sans cesse sur son système qu'il perfectionne pour que ce qui en résulte soit plus conforme visuellement à ses aspirations. Palumbo se refuse à retoucher les dessins que produit son algorithme personnel mais il fait évoluer son système qui, au reste, comporte toujours une part d'ouverture du fait de la sélection des signes graphiques et de leur regroupement en familles, opérations qui restent sommises à son intuition.

Le mot art vient de la racine indo-européenne ar gui contient l’idée d'arrangement, de mise en ordre, et Palumbo est l'ordonnateur des signes à propos duquel il faut citer cette phrase de Umberto Eco: « l'art a pour fonction non de connaître le monde, mais de produire des compléments du monde : il crée des formes autonomes s'ajoutant à celles qui existent, et possédant une vie, des lois qui leur sont propres ».

Le système de Palumbo, le principe d'économie de ses « tableaux » constitue la base conceptuelle d'un travail qui prend corps dans l'attention que l'artiste porte sensuellement aux détails de la réalisation (choix du papier, de l'encre, de la plume, de l'épaisseur du trait, du pinceau, du pain d'aquarelle etc.) et dans le plaisir qu'il a à faire apparaitre l'oeuvre. Le travail de Palumbo sur les signes, avec sa double articulation conceptuelle et matérielle, devient le symbole du travail artistique. Le fait que Palumbo se serve de l'ordinateur dans son travail n'est pas en contradiction avec le côté sen-suel que nous venons de voir. Il s'insère simplement dans une re-cherche de l'outil optimum. Quand Palumbo a besoin de tra-cer une ligne bien droite, il se sert d'une règle et d'un tire-ligne, parce que ce sont les outils qui sont le mieux adaptés à cette fin. Quand Il a besoin de faire pro-gresser son travail, c'est tout naturellement qu'il se sert d'un ordinateur. Il ne pourrait pas faire autrement.

Et puis travailler à l'ordinateur, c'est réfuter le temps : avec les périphériques dont il dispose (imprimante électrostatique à points, très rapide) l'artiste peut explorer en une heure des dizaines et des dizaines de solutions alors qu'il lui aurait fallu des semaines, voire des mois pour faire une exploration semblable à la main, avec en plus une forte probabilité d'erreur. Il peut ainsi déterminer si visuellement il sera intéressant de pousser la recherche dans telle ou telle direction. La machine est indispensable à l'artiste dans la poursuite de son travail, avec l'introduction qu'elle permet nous savons de nouveaux modes d'écriture/lecture: grâce à l'ordinateur, Palumbo a pu passer d’une écriture/lecture de gauche à droite et de haut en bas, à une écriture/lecture du centre vers les bords, ou des bords vers le centre, d'un mode linéaire à un mode tabulaire.

L’ordinateur est aussi l'instrument qui permettra un jour à Palumbo de travailler avec son système, non plus seulement dans 1'espace, mais aussi dans le temps, dans la durée, en remplaçant les signes graphiques ou les signes colorés par des signes sonores.

En outre ces expériences ont été l'occasion pour l’artiste de travailler avec un informaticien, Serge Poulard du centre de calcul de l'Université de Montréal, et de découvrir qu’il pouvait y avoir des affinités profondes et une compatibilité réelle au niveau des structures mentales entre « les deux cultures » qui d'ordinaire ne se fréquentent pas.

La prégnance, la force de la forme est très grande dans les dessins et les aquarelles de Palumbo. Leur qualité visuelle s’impose à nos yeux avec évidence.

Notre contemplation sera avant tout intuitive et empathique, mais nous savons que le travail de l’artiste peut être perçu, à des niveaux plus profonds, comme le fruit d’un système et d’une logique dont le déchiffrement demanderait sans doute au spectateur qu’il refasse tout le cheminement de l’artiste avec lui. C’est peut-être ce à quoi nous invite Palumbo et c’est sans doute pour cela que ses signes sont doublement ouverts.

L'exposition, par nature une réflexion sur les nouveaux sentiers de la création contemporaine, et un magistral exercice de perception, est accompagnée d'un vidéogramme didactique retraçant toute l'évolution d'une pensée conceptuelle rigoureuse, qui offre un intérêt esthétique dont le visiteur, informé, pourra mesurer toute la portée.

Montréal, 1974





































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