Jacques Palumbo

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Oeuvres / Les Cosmogonies / Cosmogonies, Brescia 1989


JACQUES PALUMBO
VERS UN ART EXACT


LÉO ROSSHANDLER


Vie des Arts, no139, été 1990


Les mathématiques ne sont pas toujours obscures et rébarbatives, comme on serait porté à le croire. Elles renferment en leur sein des moments de beauté dont les initiés affirment qu'ils sont ineffables. Ces moments accompagnent l'élégance d'une formule, la clarté d'une solution, l'expression précise d'un problème, l'élan d'un concept, la structure d'une équation, la combinaison imaginative de données. Voilà autant de situations esthétiques, fondées sur la logique ou sur l'absurde, dont se nourrit l'esprit des géomètres de Platon et de tous les temps.

Ces beautés sont-elles accessibles à celui qui ne pratique pas la science des nombres et des symboles ? La réponse sera affirmative dans la mesure où un intermédiaire nous tendra la main. Pour entrer dans ce monde savant et structuré, il y a évidemment le mathématicien lui-même. Il nous expliquera le jeu des signes en le vulgarisant jusqu'à un certain point. Il nous conduira à un niveau de compréhension tel que nous devenons capables de partager sa joie face à la perception d'un élément de beauté. L'artiste, encore mieux, nous mènera sur ce chemin. Qu'ils se servent de musique ou du visuel, nombreux sont les artistes qui créent des ceuvres a ant un rapport avec les mathématiques. Par les accords ou les dissonances, par les formes ou les couleurs, ils sont en mesure de nous révéler de manière sensuelle des aspects de la beauté inhérente à cette science. Je ne saurais dire si la perception de cette beauté par la voie des sens surpasse en intensité celle qui provient en ligne directe des idées et des symboles acquis intellectuellement. La joie du profane pourrait bien aller au-delà de ce que ressent 1’initié, à condition d'être mené à bon port par son guide, en l'occurrence l'artiste.

Un aparté sur la «beauté» s'impose. Il ne s'agit pas, dans le cas présent, de la beauté d'attraction ou de séduction, de celle qui fait jouir ou souffrir, mais bien d'une beauté abstraite, d'un construit de l'esprit qui se manifeste par un bien-être mental, par un sursaut d'intégration à la pensée créatrice. L’éclat de cette dernière beauté a été comparé à l'illumination mystique ; elle s'en distingue pourtant par son acuité rationnelle et analytique, car elle nous permet de rester en nous-mêmes en savourant la confirmation d'une pensée jusqu'alors hypothétique. Rendre concrète cette beauté est la tâche que s'est donnée Jacques Palumbo. Couleurs, formes, surfaces, supports, contenu réflexif, exécution, tout chez lui se conjugue dans un effet de communication esthétique.

L'abondance des données dont se nourrit l'art de Palumbo est telle qu'il a recours à l'ordinateur pour leur formulation et leur agencement visuel. Il instruit la machine et en tire les conclusions qu'il immobilise sur le papier. L'ordinateur distille l'ensemble des problèmes que lui soumet l'artiste. Il réagit en proposant sur son écran cathodique un schéma de rangement et d'organisation visuelle, schéma que Palumbo transforme ensuite en ceuvre d'art. La part d'intervention de l'artiste est considérable, surtout si l'on considère qu'après tout il est le maître de l'ordinateur.

Palumbo laisse interagir les couleurs qu'il soumet à une analyse rigoureuse selon les principes de la synthèse additive et de la synthèse soustractive. Dans le premier cas, la fusion des couleurs qui en font partie - le vermillon, le vert et le bleu outremer - donnera le blanc. Dans le second cas, le mélange du jaune, du magenta et du cyan aboutira au noir. Ce dédoublement d'effets est le fruit de deux réseaux de couleurs. Il prend la place de la théorie classique des couleurs primaires, théorie qui s'est avérée incomplète depuis que des découvertes de pigments d'une nouvelle intensité ont élargi la gamme des tons connus.

Les huit couleurs citées - le blanc et le noir sont donc des couleurs de plein droit - deviennent l'enjeu combinatoire de l'œuvre de Palumbo. Il agence ces huit vibrations optiques en groupes sériels. Les juxtapositions sont calculées selon des principes d'alternance établis par l'artiste. Un des thèmes directeurs des peintures de Palumbo repose sur le nombre huit. Il représente huit couleurs dont les combinaisons positionnelles constituent l'essentiel de l'œuvre. L'artiste appuie sa logique de création sur d'autres manifestations du nombre huit. Il rappelle les proportions classiques du corps humain, canons de beauté de la Grèce antique dont témoigne la statue du Doryphore de Polyclète - le corps construit à travers une abstraction de huit secteurs égaux, la tête donnant la mesure unitaire. Il pense aussi aux rangées de huit cases de l'échiquier.

Palumbo intègre par ailleurs des rapports cosmiques à ses réalisations. En effet, tout comme dans les civilisations pré-colombiennes, en particulier les mayas, les toltèques et les aztèques, il assigne des couleurs spécifiques aux huit points cardinaux, ainsi, sur sa rose-des-vents, on trouve l'outremer au nord, le noir au nord-ouest, le blanc à l'ouest, le magenta au sud-ouest, le vermillon au sud, le jaune au sud-est, le vert à l'est et le cyan au nord-est. De ce fait, les peintures du volet «Cosmogonies» de Palumbo contiennent des références géographiques identifiables.

Le thème d'une récente exposition tenue à Brescia, en Italie, à la Galerie Sincron, fait référence à la « dualité ». Dualité dans la matérialisation de l'oeuvre, et dualité dans son mode d'interprétation définissant l'espace positif- négatif du tableau ; dualité dans la construction et dualité dans la conception, cha ue projet étant issu de l’ordinateur, basé lui-même sur le système binaire.

Dans une autre série d'oeuvres portant le titre d'Élisions, la répétition de deux tons colorés successifs est éliminée. L’interaction des couleurs est soumise à l'analyse selon les principes des synthèses additive et soustractive dont nous venons de parler. Les huit vibrations optiques sont ordonnées selon leur ordre de clarté. Les juxtapositions sont calculées systématiquement selon des principes d'alternance, Une anamorphose épurée de l'espace est reconstituée sur la surface. Le jeu des couleurs est maximal dans les acryliques et émaux sur papier.

Pour rendre ses peintures vivantes et esthétiquement valables, l'artiste exerce un contrôle décisionnel sur les surfaces, les emplacements et la forme qu'il donne aux surfaces colorées. Il supprime les redondances par des élisions en éliminant des tons qui, par leur rencontre, pourraient nuire à la luminosité de l'ensemble.

L’art de Palumbo s'inscrit dans la démarche du formalisme constructiviste. Il s'en écarte jusqu'à un certain point en adoptant une attitude ludique tout en respectant la sévérité du processus. S'il est vrai que Palumbo nous propose des oeuvres qui provoquent la réflexion, il n'en est pas moins vrai qu'elles nous séduisent tout autant par la justesse des couleurs et par leur composition. Rares sont les artistes qui réussissent, comme le fait Palumbo, à marier la rigueur à la délectation sensuelle. La vision qu'il propose au spectateur est un défi à l’observation : celui-ci voit, ressent, pense. En examinant l'oeuvre, il s'examine lui-même.

N'est-ce pas là l'essentiel de toute oeuvre d'art?





































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