Jacques Palumbo

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Oeuvres / Le Génératif / Transformations


ZU DEN ARBEITEN VON JACQUES PALUMBO

AU SUJET DU TRAVAIL DE JACQUES PALUMBO


GILLES GHEERBRANT


Texte tiré du catalogue de l'exposition ayant eu lieu en 1983-1984 au Folkwang Museum de Essen, Allemagne.


Chaque exposition de Jacques Palumbo depuis le début des années '70 présentait un travail sous la forme d'une série cohérente et complète d'oeuvres. En outre, le visiteur d'une exposition avait de bonnes chances d'avoir vu les expositions précédentes. Ici la situation est un peu particulière dans la mesure où, d'une part, les visiteurs du Musée d'Essen découvrent sans doute pour la première fois le travail de Palumbo et où, d'autre part, ils sont confrontés à des fragments. Je suis certain qu'ils pourront y prendre un plaisir direct et immédicat dans la délectation chromatique. Leur contemplation sera avant tout intuitive et empathique mais, étant donné le caractère très analytique du travail, il est sans doute utile de donner ici certaines clés qui permettront aux visiteurs de mieux comprendre la démarche de Palumbo et de percevoir les oeuvres à un niveau plus profond pour dépasser les pures satisfactions sensorielles et accéder à un plaisir de nature épistémologique.

En 1970, Palumbo qui faisait jusque-là une peinture de l'ordre du lyrique et du spontané, décide de donner un nouveau départ à son travail. Renouant avec une fascination ancienne qu'il avait pour les signes, les codes et les systèmes de numération, l'artiste réfléchit sur des suites de chiffres et, petit à petit, cette activité prend une vie propre et c'est un véritable inventaire que Palumbo effectue des effets qu'il observe en rangeant des nombres dans des « tableaux » dont chaque colonne énumère une séquence dans une certaine base, la colonne suivante étant l'énumération de la même réalité dans la base immédiatement supérieure. Utilisant, outre les signes numériques, les signes typographiques et les signes de ponctuation, c'est-à-dire tout le répertoire de 87 signes distincts que lui offrait sa machine à écrire, Palumbo a créé un certain nombre de tables sur lesquelles repose son travail de 1972 à 1975 et qui sont la clé d'un processus qu'il a successivement appliqué à des signes graphiques fermés (lignes fermées qui donnent des surfaces), à des signes graphiques ouverts (lignes non fermées) et à des signes colorés (aquarelles). Très vite, et tout naturellement, Palumbo passe de sa machine à écrire à la collaboration avec des informaticiens et au travail à l'ordinateur particulièrement bien adapté à sa recherche sur les signes graphiques. Une fois les programmes établis, l'artiste a pu explorer en un temps très court des dizaines de solutions alors qu'il lui aurait fallu des mois et des mois pour faire une exploration semblable à la main, avec en plus toutes les chances de faire des erreurs. En outre, la machine lui a permis d'explorer de nouveaux modes d'écriture/lecture : c'est ainsi qu'il a pu passer d'une écriture/lecture linéaire, de gauche à droite et de haut en bas à une écriture/lecture du centre vers les bords ou des bords vers le centre, d'un mode linéaire à un mode tabulaire. Ce sont ces résultats qu'il a présentés dans son album de sérigraphies « Signes Ouverts » de 1973, et c'est dans cette suite dont les six planches articulent toutes le même vocabulaire de signes, mais dans des modes syntaxiques différents, qu'il faut voir la première manifestation concrète de l'idée d'équivalence qui prendra toute son ampleur dans les magnifiques aquarelles de 1975 à 1977.

Les aquarelles verticales de format allongé de 1976 de la collection de Hartmut Böhm sont un bon exemple de la progression d'équivalences qui sous-tend tout le travail de Palumbo au milieu des années '70. Ces aquarelles comportent une double série de bandes horizontales. La surface des bandes de la première série augmente régulièrement de une à neuf unités, tout en conservant la même tonalité au fur et à mesure de leur déplacement régulier de haut en bas dans la feuille. Les neuf bandes de l'autre série conservent une surface constante mais reçoivent de un à neuf passages de la même eau chargée de pigment coloré et deviennent donc de plus en plus saturées au fur et à mesure que l'on descend dans la feuille. Par conséquent, il y a, à chaque instant, une équivalence en terme de volume d'eau colorée entre une bande de la surface unitaire qui a reçu X couches d'aquarelle et la bande qui lui correspond dans l'autre série et dont la surface est de X unités. Les aquarelles du type de celles de la collection de Böhm constituent des matrices que Palumbo prend comme point de départ pour un réarrangement qui marque la deuxième articulation du principe d'équivalence. En effet, dans une deuxième phase, l'artiste attribue des poids aux neuf éléments qu'il vient de créer, et, choisissent l'un des éléments comme pivot, il répartit les huit autres de part et d'autre de telle sorte qu'il y ait équilibre, équivalence en poids entre les bandes situées au-dessus et celles situées en dessous du pivot. Les trois aquarelles de 1977 présentées à Essen font partie d'une série de trente-deux dans lesquelles Palumbo, tout en conservant l'équivalence des volumes d'eau colorée et équilibre en poids autour d'un pivot, introduit quinze teintes différentes en prescrivant en outre que ces teintes doivent être parfaitement équivalentes du point de vue luminosité. Pour s'assurer de cela, l'artiste choisit des pigments stables et mesure la luminosité des teintes au densitomètre électronique. Les aquarelles qui sont le fruit de ce travail offrent une expérience visuelle d'une richesse incroyable. En fait, tous ceux qui ont vu cette exposition de 1977 à Montréal se souviennent de l’extraordinaire lumière qui émanait de ces 32 aquarelles réunies dans une même salle. La délicatesse des teintes faisait l'expérience des limites de notre perception d'une manière irrésistible.

De l'été 1977 à l'été 1982, Palumbo ne touche pas à ses pinceaux. Il s’initie au T’aï Chi, art martial dans lequel il s'est plu à voir des analogies avec son travail de peintre tant il est vrai que le T’aï Chi est une philosophie du mouvement et de la transformation continuelle, de l'utilisation de son corps comme pivot dans la recherche d'un équilibre qui est constamment remis en question. Durant ces années, Palumbo s'occupe aussi beaucoup de musique, et en particulier de musique orientale, ce qui constitue d’ailleurs un retour à ses propres sources puisqu'il est né en Algérie. Il découvre aussi le I Ching livre des mutations. C'est finalement lors de l'été 1982 qu'il reprend ses pinceaux et produit un ensemble de petites aquarelles qui sont à prendre comme des retrouvailles, comme un expérience de réagrégation.

Les aquarelles de 1983 font toujours appel à une grille géométrique et à un système. Certes, il ne s'agit plus d'un système fondé sur une logique numérique des surfaces et des volumes d'eau colorée mais plutôt sur un ensemble complexe de règles de transformation que l'on pourrait qualifier de musicales et qui prennent appui notamment sur le I Ching et la symbolique des couleurs. Chaque aquarelle de la série 32 renvoie à la précédente et appelle la suivante par une série de transformations continues : il s'agit d'un cycle, d'une boucle à partir de 64 figures intégrées deux à deux, et non pas de variations sur un thème. L'orchestration des couleurs et leur placement en des endroits spécifiques de la feuille de papier obéit à une stratégie de polarités. Palumbo ne procède pas, comme c'était le cas dans les travaux précédents, à une mesure instrumentale de la couleur pour assurer des équilibres ou des harmonies. Ici, il a choisi 7 gammes de couleurs et pour chaque parcelle de l'aquarelle, il modifie progressivement la teinte locale, par couches successives, jusqu'à ce que l'ensemble sonne juste.

C'est par ce dialogue paradoxal entre le programme global de transformations et le jeu intuitif avec la couleur que ce travail est pour Palumbo un moyen de questionner. Le I Ching qui détermine chaque aquarelle sert aussi à la production d'un texte qui devient le titre de celle-ci, et il est troublant de constater à quel point ce texte est pertinent puisque celui que Palumbo a obtenu pour la dernière aquarelle de la série est : « après l'accomplissement, la situation est ouverte à de nouveaux commencements heureux ». Quelle conclusion appropriée !

Montréal 1983





































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