Jacques Palumbo

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Oeuvres / Le Génératif / Aquagrammes


Jacques Palumbo : aquagrammes ou objets critiques


GILLES TOUPIN

La Presse, le 14 mai 1977

JACQUES PALUMBO : aquagrammes récents, à la galerie Gilles Gheerbrant, jusqu'au 21 mai 1977.

JACQUES PALUMBO a cessé en 1970 de peindre des tableaux qui pouvaient avoir quelque prétention à s'inscrire dans un processus évolutif de l’histoire de la peinture pour repenser en entier son engagement artistique. D'une façon générale, il s'est mis à. réfléchir à partir des structures mêmes du langage sur la théorie de l'art, sur le travail des autres pour donner ainsi à son oeuvre nouveau un contexte quasi anthropologique. Les aquagrammes récents qu'il expose ces jours-ci à la galerie Gilles Gheerbrant nous donnent la mesure d'une exemplaire matérialisation de ce contexte. On assiste, à partir de l'exposé conceptuel qui sert de prodrome aux oeuvres, au singulier passage d'un système mental à son pendant matériel.

Outre le « mode d'emploi » affiché à l'entrée de la galerie qui élabore sur les travaux qui ont conduit l'artiste à déterminer le choix de ses couleurs et la nomenclature des aquagrammes, le visiteur est aux prises avec cinq séries d'images qui laissent voir des bandes horizontales colorées et étagées. A première vue, sans se donner la peine de comprendre le système qui a généré l'ensemble, on risque de percevoir les aquarelles comme de simples feuilles minimales porteuses de structures déductives (c'est-à-dire qui épousent les lignes horizontales du cadre) et modernistes (c'est-à-dire vouées à préserver la bidimensionnalité du plan). Même si Palumbo tend le plus possible à enchasser l'art dans son domaine de compétence propre et même si ses oeuvres parviennent jusqu'à un certain point - sans doute accidentellement - à respecter les codes modernistes, cette première lecture rapide ne saurait rendre justice à la volonté de l'artiste de donner à ses oeuvres une sorte de grammaire dont les règles proviendraient à la fois de la linguistique, du jeu mathématique et de la psychologie de la perception en rapport avec des lois physiques et chimiques bien précises.

Le système

Voyons donc brièvement le fameux système mental qui articule les aquagrammes. Tout d'abord, il s'agissait pour Palumbo à partir de travaux antérieurs de préserver un équilibre délicat entre deux types de zones picturales : l'un destiné à signifier la densité et l'autre la surface. Par exemple, à une zone dont la superficie colorée serait de trois-unités correspondrait une zone d'une unité de superficie mais de densité 3, c'est-à-dire recouverte de trois couches de couleur. Chacun aquagrammes actuels de Palumbo est organisé selon ce principe. De part et d'autre d'un pivot selon un jeu mathématique explicité dans les notes d'introduction à l'exposition, l'observateur pourra ainsi constater une même quantité d'informations.

Mais la question la plus vive pour Palumbo était celle posée par les impondérables de la couleur. Pour que le système génératif de l'artiste fût des plus rigoureux, i1 fallait que la couleur ne vienne pas contrecarrer par des luminosités diverses l'équilibre atteint au prix de tant de minutie. Il fallait donc trouver des couleurs les plus stables possibles, jamais enclines à réagir à l’influence de la lumière, et par la suite en obtenir des équivalences de luminosité sans se fier à la trompeuse rétine humaine. Le densitomètre électronique permit à Palumbo d'évaluer numériquement l'opacité des couleurs soumises à ses vérifications et de sélectionner cinq couleurs dont les propriétés, chimiques sont absolument inaltérables à la lumière. Les gris, les bruns, les rouges, les verts et les jaunes qui colorent respectivement les cinq séries et le bleu de la matrice qui sert de joint de départ à l'ensemble répondent à ces exigences.

Le seuil de la perception

Les procédés utilisés paraîtront à certains démesurés en regard du but à atteindre. Ce sont pourtant eux qui se portent garants de la pertinence des interrogations que soulèvent les aquagrammes. Ne serait-ce qu'au sujet de l'interaction des couleurs qui se manifeste d'une oeuvre à l'autre, nous restons stupéfait de réaliser jusqu'à quel point notre oeil peut être en désaccord avec les données réelles auxquelles il est confronté. Il est par exemple des gris qui nous semblent tout à fait bleus dans le contexte où ils se trouvent tout comme il est des rouges pour lesquels nous nous mettrions la main au feu alors qu'il s'agit bien de bruns.

Déjà, les premières interrogations qui sous-tendent le projet de Palumbo nous semblent plus évidentes. En nous obligeant sans cesse à l'aide du pan conceptuel de l'oeuvre à vérifier les informations que capte notre rétine, Palumbo nous entraîne vers le seuil de la perception humaine. Celui qui fait l'expérience des aquagrammes fait aussi la dure expérience de ses limites. Sous cet éclairage lucide, la vieille question du réel est ravivée. Et devant la preuve irréfutable que ce que nous voyons n'est qu'apparence et illusion, il ne nous reste plus qu'à saisir au passage le commentaire implicite de Palumbo sur les aléatoires de toute quête artistique : Paradoxalement, l'oeuvre qui semblait tout prévoir jusqu’à mesurer même la plus petite tolérance d'erreur insiste sur l'imprévisible.

Si à l'intérieur de chacune des oeuvres et dans l'ensemble des séries d'aquagrammes nous assistons à la mise en forme de contenus équivalents, les signes eue subissent des variations. Autrement dit, si Palumbo appuie ses constructions graphiques sur une symétrie quantitative constante des informations, il n'en existe pas moins des variantes qualitatiyes dont l'existence se vérifie notamment par la préférence que l'on peut avoir pour une série en particulier plutôt que pour une autre. Aux impératifs froids de la rigueur systématique répond la lecture sensuelle du spectateur Et la systématisation générative ne peut ici expliquer ces variantes qualitatives. Il n'y a que la psychanalyse ou la psychologie de la perception qui pourraient tout au plus en donner des explications approximatives.

Des objets critiques

Les aquagrammes sont ainsi des objets critiques qui démontent les mécanismes de la tautologie de l'art. Ils disent en somme que tout change en art (les signes) mais qu'au fond c'est toujours la même chose (le contenu). Si chez certains la liberté du choix passe obligatoirement par le lyrisme, l’autornatisme ou le surréalisme, chez Palumbo, malgré les apparents conditionnements engendrés par son système, elle n'en est pas moins présente dans le choix même de ce système. L'oeuvre demeure une oeuvre ouverte.

C'est là une exposition que d'aucuns trouveront évidemment difficile. Pourtant l'ensemble est extrêmement séduisant au-delà même de la complexité du travail. L'accrochage, organisé en fonction des pivots des aquagrammes, est aussi des plus originaux. Je ne me souviens pas que l'aquarelle chez nous ait atteint à la fois ce degré de perfection et la qualité d'une réflexion aussi vive.





































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