Jacques Palumbo

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Oeuvres / Le Génératif / Aquagrammes


De la grammaire générative à l'art génératif de Jacques Palumbo


GILBERT TARRAB


Préface du catalogue de l’exposition personnelle à la Burnaby Art Gallery en Colombie Britanique


La peinture est une forme de langage, tant dans sa fonction de communication (intentionnelle et voulue) que dans sa fonction d'expression (inconsciente et quasiment instinctive). En effet, la peinture est une tentative - consciente ou non - de communiquer quelque chose à quelqu'un à travers le biais d'une « expression » qui se manifeste pour soi, en quelque sorte, pour utiliser la terminologie sartrienne. Dès lors, comme l'écrit René Passeron dans L'oeuvre picturale et les fonctions de l'apparence, « si tout signe pictural inventé devient symbole, c'est parce que certains amateurs ultra-sensibles, très attentifs à toute peinture nouvelle, feront du signe nouveau le symbole des émotions qu'ils auront reçues de la nouveauté même de cette peinture ».

Signe, code, symbolique, signifiant et signifié, indice indicateur : on est en plein dans le champ de la linguistique, et plus particulièrement, de la linguistique structurale, telle qu'elle fut développée ces dernières années par les tenants de l'école post-saussurienne et chomskienne.

L'objectif de cette préface consiste précisément à essayer de montrer - succinctement - les liens qu'il peut y avoir entre le modèle de la grammaire générative et celui du travail de Jacques Palumbo.

Une « grammaire générative », de type transformationniste, peut être définie comme étant un « système invariable et constant de processus sous-tendant l'acte mental qui élève des signaux articulés structuralement organisés à une expression de la pensée » (Humboldt). La grammaire générative est donc une langue, ou, comme le dit Humboldt, « un système récursivement généré, où les lois de génération sont fixées et invariables, mais où le domaine de leur application et la façon précise dont on les applique ne sont nullement spécifiés. En termes plus clairs, disons que la grammaire générative sous-tend toujours l'utilisation de la langue que l'on peut observer. La grammaire générative appartient à l'ordre de la structure et du système : c'est un modèle théorique et conceptuel, déterminé par un set de règles du code combinatoire, ou d'assemblage. Ce set de règles est en fait limité, et il s'agit tout simplement de le constituer, comme a tenté de le faire Lévi-Strauss quand il essaie de dégager le système sous-jacent d'une culture à travers ses mythologies et ses symboliques, ou quand il essaie de définir de manière rigoureuse et systématique « Ies structures élémentaires de la parenté ». Il serait peut-être bon de citer ici ce que Lévi-Strauss écrit dans « Tristes Tropiques » au tout début du chapitre consacré aux « Caduveo » : « L'ensemble des coutumes d'un peuple est toujours marqué par un style ; elles forment des systèmes. Je suis persuadé que ces systèmes n'existent pas en nombre illimité, et que les sociétés humaines, comme les individus - dans leurs jeux, leurs rêves ou leurs délires - ne créent jamais de façon absolue, mais se bornent à choisir certaines combinaisons dans un répertoire idéal qu'il. serait possible de reconstituer. En faisant l'inventaire de toutes les coutumes. observées, de toutes celles imaginées dans les mythes, celles aussi évoquées dans les jeux des enfants et des adultes, les rêves des individus sains ou malades et les conduites psychopathologiques, on parviendrait à dresser une sorte de tableau périodique comme celui des éléments chimiques, où toutes les coutumes réelles ou simplement possibles apparaitraient groupées en familles, et où nous n'aurions plus qu'à reconnaître celles que les sociétés ont effectivement adoptées ».

Il nous semble que ce texte est on ne peut plus éclairant pour comprendre quelque peu la façon dont Palumbo travaille. En effet, si un système constitue l'ensemble des relations qui se maintiennent et se transforment, indépendamment des choses qu'elles relient, et si la grammaire, comme système, est un ensemble de règles susceptible d'être codifié et analysé structuralement, en dehors de toute subjectivité, alors, la peinture de Palumbo repose véritablement sur une grammaire, entendue au sens défini à l'instant. (Nous renvoyons le lecteur intéressé à notre ouvrage sur « Le théâtre du nouveau langage », CLF, Montréal 1973, pour des développements plus poussés.)

La structure de base du travail de Palumbo est une suite de neuf tableaux où des bandes horizontales d'aquarelles se transforment et se déplacent en suivant une logique qu'il a lui-même définie. En fait, dans chacun des neuf tableaux, on trouve deux bandes différentes en surface et en tonalité, mais toujours équivalentes en terme du volume d'eau colorée utilisé pour les matérialiser sur le papier. La superficie de la première bande augmente régulièrement de un à neuf tout en conservant la même tonalité au fur et à mesure de son déplacement régulier dans le cadre. L'autre bande située alternativement en haut et en bas de la précédente conserve une surface constante mais reçoit de un à neuf passages de la même eau chargée de pigment coloré et devient donc de plus en plus saturée au fur et à mesure que l'on progresse dans la suite des neuf tableaux.

Dans une deuxième phase, Palumbo attribue une pondération aux neuf éléments qu'il vient de créer et qu'il assemble en aquagrammes en utilisant à nouveau un principe d'équivalence, mais en le faisant jouer cette fois~ci non plus sur les volumes, mais sur les poids qu'il vient d'assigner à ces éléments. C'est ainsi qu'il répartit ces poids de part et d'autre de pivots pour parvenir à les équilibrer, cherchant d'abord quels sont les différents éléments que l'on peut prendre comme pivot, puis les différents équilibres que l'on peut réaliser de part et d'autre de ces pivots.

On comprendra pourquoi nous avons qualifié le travail de Palumbo d’« art génératif », et pourquoi nous avons cru bon de le relier à tout le courant structuraliste de la « grammaire générative ». Palumbo applique dans le domaine de la peinture, ce que Chomsky a conçu pour la linguistique : « En admettant l'exactitude approximative des conclusions qui semblent aujourd'hui défendables" » écrit Chomsky dans Le langage et la pensée, « il est raisonnable de supposer qu'une grammaire générative (et un art génératif, ajoutons-nous) est un système de plusieurs centaines de lois de types différents, organisées selon certains principes fixes d'ordre et d'applicabilité, et contenant une sous-structure fixe qui, de la même façon que les principes généraux d'organisation, est commune à toutes les langues ».

La phonologie structurale pose que l'important n'est pas dans les propriétés formelles des systèmes phonémiques, mais dans « le fait qu'un nombre relativement limité de traits peuvent être spécifiés en termes absolus, indépendamment de la langue » (Chomsky), fournissant du même coup la base d'organisation de tous les systèmes phonologiques. De la même façon la peinture générative de Palumbo est la recherche continue de nouvelles liaisons possibles « générées » ou déduites logiquement d'une combinatoire déterminée, la recherche toujours recommencée du « joint » (de la connexion), le plus souvent caché mais toujours montrable, entre certaines transformations de la forme picturale et certaines explorations de la pensée créatrice. En refusant de traiter les « termes » comme des entités indépendantes, prenant au contraire comme base de son travail les « relations » entre les « termes » picturaux, et en introduisant en peinture la notion de système, en mettant en évidence la structure de l'assemblage ainsi formé, en essayant de découvrir - tout comme le linguiste - les lois générales (soit trouvées par « induction » soit « déduites logiquement ») du dictionnaire et du code de l'oeuvre d'art, Palumbo marque sa volonté de débloquer le sens de la chaîne sémantique ainsi constituée.

Montréal 1976





































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